A super prix spécial, marraine spécialement super – La Fin

Au vu des gifs heureux accompagnant les deux parties précédentes de cette interview, vous l’aurez compris, cette interview, je l’aime.

Parce qu’engagée comme elle est, j’ai aimé la faire, la rédiger, la lire, la relire et l’illustrer, j’aurais vraiment été très frustrée de ne pas pouvoir vous la livrer en entier. Camille Besse s’est pliée au jeu de l’interview en répondant à mes questions, mais surtout elle m’a expliqué, pour vous journalistes jeunes, une perception très personnelle de la liberté de la presse et de la liberté d’expression. Ainsi, ces questions n’étaient pas au programme, mais elles sont tout de même venues sur la table.

Voici donc la dernière partie de l’interview de Camille Besse, la marraine du prix Spécial Dessin de presse du concours Kaléïdo’scoop 2015.

“Pourquoi as-tu accepté d’être la marraine d’un concours dans une association que tu ne connaissais pas forcément ?

Je sais pas, ça me semble évident en fait… Je ne suis pas si vieille. J’ai un souvenir très frais de mes études et ma sortie d’école et de la même manière que des concours comme Presse Citron et des professionnels qui m’ont mis le pied à l’étrier et m’ont guidé dans mon chemin. Il me semble que la moindre des choses quand on est le maillon d’une chaîne, c’est de transmettre à son tour et de filer un coup de main si on peut, et puis c’est juste une histoire de droits et de devoirs – c’est tellement horrible dit comme ça !

Et il y a un autre truc dont je commence à me rendre compte, c’est qu’il existe deux discours sur la liberté de la presse et qu’on est minoritaire à tenir le mien. Donc je pense qu’il est de mon “devoir” d’ouvrir ma gueule parce que je veux pas que ce discours meure. C’est le discours de Charlie et on est pas nombreux à penser comme ça.

Et on est de moins en moins nombreux.

Même au sein des dessinateurs de presse ?

Oui. Je ne veux pas parler au nom des autres… Je pense à Plantu – le pauvre à chaque fois je le prends en exemple. Je l’aime bien, on se connaît, on s’entend bien et je lui ai déjà dit. Mais voilà, Plantu a une association qui s’appelle Cartooning for Peace dont je ne fais pas partie […] même si je trouve qu’il sont un super moyen de fédérer les bonnes volontés je trouve. Ils ont de la pédagogie. Après le discours de Cartooning for peace c’est quand même un discours limitatif je trouve par rapport à la liberté d’expression et je trouve ça plutôt chiant.

C’est à dire limitatif ? “Je suis Charlie mais” ?

Il y a de ça mais pas que, c’est surtout “On peut rire de tout, mais”. Je pense qu’on peut rire de tout. Point. Et ça on est pas si nombreux à le penser et si personne n’ouvre sa gueule personne le fera, cette parole se perdra.

Et toi pourquoi tu penses qu’on peut rire de tout ?

Parce que mon papa c’est Charb ! (rires)

Non, plus sérieusement, je pense ça parce qu’on est les héritiers de Charb, de Charlie certes, mais on est aussi les héritiers de Daumier, de l’Assiette au beurre, d’une culture satirique ! Il y a des mecs qui sont morts pour ça !

Les Poires, dessin d'Honoré Daumier de 1830 de Louis Philippe

Les Poires, dessin d’Honoré Daumier de 1830 de Louis Philippe

C’est pompeux de sortir ça tout le temps mais c’est vrai ! La France a une tradition de satire de siècles et de siècles et la question que je peux me poser maintenant c’est : qu’est ce qui nous est arrivé pour qu’à un moment on devienne si bien-pensant ?

L’argument de plus en plus utilisé “Aujourd’hui c’est mondialisé, il y a internet alors un dessin ici peut tuer là bas.” D’accord, alors dans ce cas là j’arrête tout de suite de dessiner et puis on met tous une burqa, on ferme notre gueule, on arrête de lire, on arrête de chanter, on arrête de danser. On ne peut juste pas céder ce truc là, sinon on est foutus.

La liberté d’expression c’est typiquement le genre de principe qui ne tolère aucune dérogation sinon, de fait, c’est mort. C’est comme le silence, si tu fais un tout petit bruit, c’est déjà plus le silence. La liberté d’expression c’est pareil, si tu te tais un tout petit peu, c’est déjà plus la liberté d’expression.

Est ce que tu aurais un conseil pour les journalistes jeunes qui dessinent ?

Dessinez. C’est un bon conseil (Rires)

Faites un BTS de pub ! Moi j’ai appris le dessin de presse en faisant de la pub parce qu’apprendre à faire une publicité c’est apprendre à mettre un message choc avec une image, à créer un lien entre deux images comme l’humour, l’étonnement ou la poésie. En gros apprendre à faire une pub et apprendre à faire un dessin de presse, c’est exactement le même principe, c’est juste le but qui diffère : il y en a un qui sert à vendre des yaourts et l’autre qui sert à vendre des idées mais c’est le même exercice.

Aussi, posez-vous la question “qu’est ce que vous avez à dire ?” et pas “qu’est ce qu’on attend que vous disiez ?” . C’est ce que j’essayais d’expliquer à mes petits jeunes hier*.

Faites entendre votre voix et pour faire entendre sa voix et être entendu il faut apprendre à parler. Et de la même manière que pour dessiner, il faut apprendre à dessiner. Sinon le seul conseil qu’on puisse donner à la jeunesse c’est qu’elle écrive, qu’elle parle, qu’elle chante, qu’elle danse.

Apprend bien parce que plus tu seras fort dans ce domaine là plus tu seras puissant et plus tu pourras t’exprimer et empêcher que l’on parle en ton nom.”

*[cf Partie 2 de l’interview]

conan_thank-you

Merci Camille !

Voilà, cette interview est terminée. Vous trouvez la marraine du prix spécial dessin de presse absolument topissime ? Vous pouvez aller voir ses dessins de presse sur son site (par ici). Vous voulez la rencontrer ? Pour ça, inscrivez vous au prix spécial dessin de presse et gagnez le, tout simplement !

Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.