L’interview du mois #3 : le parrain du prix Dessin de presse !

Vous attendiez l’interview du mois, la voilà ! Aujourd’hui, on vous propose de faire connaissance avec le parrain du prix Dessin de presse de l’édition 2016 du concours Kaléïdo’scoop : le dessinateur de presse et caricaturiste politique iranien Kianoush Ramezani !De l’oppression subie en Iran à l’importance de l’engagement des jeunes, en passant par le quotidien d’un dessinateur de presse, découvrez vite l’histoire de notre parrain !Et n’oubliez pas, pour avoir la chance de le rencontrer, une seule chose à faire : s’inscrire au prix Dessin de presse du concours Kaléïdo’scoop !

Pouvez-vous vous présenter, nous raconter votre parcours en quelques mots ?

Je suis un dessinateur de presse et caricaturiste qui vit en France depuis 2009. Je signe mes dessins par mon prénom, Kianoush. J’ai fondé une association internationale : United Sketches, basée au Mémorial de Caen.

 Avant d’arriver en France, vous viviez en Iran. Comment se passe la vie d’un dessinateur de presse dans ce pays ? Étiez-vous régulièrement menacé ?

J’ai commencé à dessiner il y a 22 ans, et je me suis vite rendu compte qu’exercer ce métier indépendamment était très difficile là-bas. J’aurais pu avoir une vie plus facile, un bon salaire en travaillant pour la Maison de la Caricature d’Iran, mais j’aurais du faire de la propagande pour l’Etat. Je n’ai pas voulu en faire partie, alors c’était compliqué, d’abord financièrement, et puis parce que j’étais régulièrement menacé par l’Etat et par cette Maison. Les menaces que je recevais venaient même souvent d’autres dessinateurs.

Quitter l’Iran, c’était donc un choix ou une obligation « vitale » ?

 C’était les deux. J’aurais pu choisir de faire de la propagande, de changer mes idées pour rester en Iran, mais je n’ai pas voulu et quitter le pays est donc devenu une obligation car j’étais menacé, en danger.

Maintenant que vous êtes en France depuis quelques années, que pensez-vous du mode de vie français, et plus particulièrement de la presse française ?

En comparaison avec ma situation en Iran, je suis très heureux ici. Cependant, après 6 ans et demi, l’hypocrisie qu’il y a parfois me gêne un peu, et je trouve que certains jeunes n’ont pas conscience des valeurs en France. Je pense qu’ils devraient voyager et voir des situations plus compliquées dans d’autres pays, pour ensuite apprécier leur vie en France. La presse française est une bonne presse. Ce que j’adore ici, c’est que chacun fait ce qu’il veut : on a des médias en ligne comme Mediapart, des gros groupes comme Le Monde… Ce que je préfère, c’est les médias indépendants, ils sont très importants.

Pourquoi avoir choisi le métier de dessinateur de presse ? Comment vous est venu ce goût pour le dessin et comment avez-vous fait pour y arriver ?

J’ai toujours adoré le dessin. J’aimais dessiner mon imagination et représenter la société en général. A 19 ans, j’ai trouvé ma voie : le dessin de presse. J’ai fait ma première exposition quand j’étais étudiant à l’Université, et je suis rapidement devenu dessinateur de presse pour les médias de ma région.

A quoi ressemble le quotidien d’un dessinateur de presse en France, concrètement ?

Je reçois l’actualité par les autres médias ou par des journalistes en qui j’ai confiance, notamment pour l’Iran, où j’ai mes propres sources. Cela m’inspire pour mes dessins, qui parlent en majorité des Droits de l’Homme et de leurs violations dans les pays du Moyen-Orient. J’ai beaucoup dessiné sur la question des réfugiés, sur le problème de la peine de mort en Iran, et récemment sur la position de l’Arabie Saoudite en tête du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, chose qui m’a beaucoup gêné.

Votre famille vivant encore en Iran, est-ce que vous avez peur de faire des dessins sur ce pays, peur qu’il y ait des représailles ?

Je n’ai pas peur mais je fais attention, car les membres de ma famille y sont des otages potentiels et je ne peux donc pas dessiner cent pour cent librement sur ce pays. Sinon, je suis totalement libre dans mes dessins.

Arrivez-vous à vivre de vos dessins aujourd’hui ?

Je pense que j’ai de la chance, parce que jusqu’à présent, je peux vivre de mes dessins. Je dessine chaque semaine pour un site iranien, basé en Norvège, pour Courrier International et parfois pour Arte, Siné Mensuel… On ne gagne pas énormément d’argent en étant dessinateur de presse, mais je m’en sors plutôt bien.

Dans votre discours au Universal Tolerance Seminar de Normay, vous dites qu’être un journaliste, c’est être le symbole du droit fondamental qu’est la liberté d’expression. C’est aussi le cas pour un dessinateur de presse, d’être le symbole de la liberté d’expression ?

Oui, exactement. Je crois qu’un vrai dessinateur de presse est un militant pour la liberté d’expression.

Un dessinateur de presse est-il un journaliste ?

Oui, bien sûr. Un dessinateur de presse a deux vies en parallèle : celle de journaliste, à suivre l’actualité et publier dans des journaux, et  celle d’artiste visuel, avec des expositions et un vrai travail artistique.

Vous avez dit dans plusieurs interviews être très touché par les attentats contre Charlie Hebdo. Comment avez-vous réagi à ces événements, en dessinant encore plus ?

Ce qu’il s’est passé m’a donné énormément de motivation pour continuer ma démarche, cela m’a beaucoup plus motivé, presque 100 fois plus. Je n’ai pas eu peur, je voulais dessiner encore plus.

Y a-t-il des journaux qui ont refusé de vous engager sous prétexte d’être également menacés ?

Cela ne m’est encore jamais arrivé en France, mais déjà en Iran. Là-bas, les médias connaissent ma réputation et savent que je ne suis pas politiquement correct. Je dessine tout ce que je veux, alors ils m’ignorent. Je suis content de ça, je suis fier d’être politiquement incorrect et je pense que c’est un bon signe pour un dessinateur de presse. Si tout le monde vous aime, c’est qu’il y a un problème.

Depuis quelques années, vous travaillez sur de nombreux projets autour du dessin de presse et de la liberté d’expression, pouvez-vous nous en dire plus ?

Le projet le plus important est la création mon association : United Sketches. J’y travaille depuis 2012. C’est une association internationale qui défend la liberté d’expression dans le monde des dessinateurs de presse et qui soutient les dessinateurs en exil. Nous travaillons avec le mémorial de Caen et l’Académie de Caen sur une collaboration pédagogique pour aller dans les écoles, les collèges, les lycées, les universités pour parler du dessin de presse. C’est très important de dire à quoi sert le dessin de presse pour éviter une incompréhension de la part des lecteurs. C’est ce qui est arrivé pour Charlie Hebdo, je pense que beaucoup de gens n’ont pas réussi à interpréter correctement les dessins.

Pourquoi avez-vous accepté d’être le parrain  du prix dessin de presse d’un concours de presse jeune ?

Tout d’abord parce que je connais l’association Jets d’encre, j’ai remis le prix parrainé par Reporters Sans Frontières au Festival Expresso l’année dernière, où j’ai pu voir la nouvelle génération des journalistes jeunes, l’avenir de notre métier. Cet avenir passe par des projets comme le concours Kaléïdo’scoop. J’aime m’investir, m’engager dans ce genre de choses  parce qu’il est essentiel de donner une motivation aux jeunes. L’avenir a besoin de journalistes engagés, de citoyens engagés tout simplement.

Pour finir, avez-vous un conseil à donner aux jeunes qui veulent se lancer dans le dessin de presse ?

Le plus important est de travailler la technique. Pour faire passer notre message, une bonne technique est essentielle. Ensuite, chaque métier a besoin d’un matériau pour créer ; dans le nôtre, le matériau, c’est l’imagination. L’autre chose importante, c’est d’être sensible, critique et d’observer la société en général. En faisant tout cela, on devient un dessinateur capable de travailler sur énormément de sujets.

Et voilà, c’est déjà fini ! Pour en savoir encore plus sur notre parrain et découvrir ses dessins, rendez-vous sur son site : www.kianoushs.com, ou sur Twitter ! Et n’oubliez pas, inscrivez-vous !

Propos recueillis par Camille Baron

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